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Dans le silence absolu

7 oct.
2 min de lecture

Parmi tous les sons que l'on peut rencontrer dans la nature, le chant d'une rivière à proximité de sa source est à la fois l'un des plus envoûtants et des plus mystérieux. La puissance sonore d'une chute d'eau peut surgir au détour d'un plissement de terrain et disparaître presque totalement après un virage. Près du lit, le son emplit l'air, tout comme l'humidité et la fraîcheur ; il peut se faire gazouillis en période d'étiage ou formidable grondement lors d'une crue.


Il y a tout juste un an, en septembre 2025, je découvrais les sources de l'Ain, la rivière qui alimente le barrage de Vouglans et qui sillonne et structure le sud du massif jurassien. Celui-ci est généralement copieusement arrosé : son relief orienté nord-sud forme une barrière naturelle qui arrête les flux d'ouest, traditionnellement porteurs de précipitations. J'avais été surpris de découvrir un débit important dès les premiers méandres. Le chemin qui mène à la source s'arrête brutalement au pied d'une falaise et, ce jour-là, la rivière semblait surgir des entrailles de la terre avec une puissance phénoménale.


Un an plus tard, l'été caniculaire et sec a été suivi d'un début d'automne tout aussi aride. À environ un kilomètre de l'exsurgence, je m'étonnais de ne percevoir aucun bruit d'écoulement. La rivière restait invisible sous le couvert forestier, pourtant mis à rude épreuve par les conditions climatiques, et à mesure que je progressais vers l'Ain, le silence se faisait de plus en plus présent.


Arrivé enfin sur la rive, je constatais avec stupeur que le flux avait totalement cessé et que le lit de roches avait été colonisé par une végétation famélique. Pas la moindre flaque résiduelle, pas le moindre filet d'eau pour rappeler que l'Ain s'écoule habituellement en ces lieux. En remontant vers l'amont, je prenais la mesure de cette disparition, jusqu'à atteindre ce qui aurait dû être une source et n'était plus qu'un trou béant, un gouffre vide qui s'enfonçait sous le plateau karstique.


Une corde tenue par des pitons, sur la partie droite de la cavité, rappelait que le lieu est traditionnellement fréquenté par des plongeurs spéléologues. Ce jour-là, je pouvais avancer sous la montagne, les pieds secs et le cœur lourd. La roche, façonnée par le courant, offrait des tons allant du gris clair à l'ocre, et cette cathédrale de pierre, spectaculaire, résonnait comme un tombeau.


Je poursuivis mon périple en contournant la source. Prenant de la hauteur à travers bois, je m'élevai avec le chemin au-dessus du lit à sec et, après 500 mètres de marche, je m'arrêtai pour constater un silence absolu. Si ce n'était ma respiration, aucun son ne me parvenait. La rivière s'était tue, tout comme les insectes et les oiseaux, et en ce matin de septembre, même les feuilles demeuraient immobiles et silencieuses.




Source de l'Ain - 27 septembre 2026
Source de l'Ain - 27 septembre 2026

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